Aller au contenu

Guide · Motifs

L’effet Flynn : les scores de QI augmentent-ils encore – ou baissent-ils ?

Pendant la majeure partie du XXe siècle, les scores moyens aux tests de QI ont augmenté d’une génération à l’autre. Des données plus récentes de Norvège et des États-Unis dessinent un tableau plus contrasté. Ce que les études ont réellement constaté.

Équipe éditoriale IQ Arion5 min de lecture

Imaginez que l’on fasse passer aujourd’hui à un groupe de jeunes adultes un test d’intelligence exactement tel qu’il était utilisé pour leurs grands-parents, et qu’on le note avec l’étalonnage de l’époque des grands-parents. Pendant une grande partie du XXe siècle, le groupe le plus jeune serait nettement arrivé en tête. Cette hausse régulière des scores est connue sous le nom d’effet Flynn, d’après le chercheur néo-zélandais James R. Flynn, qui l’a documentée de façon systématique. La question intéressante aujourd’hui est de savoir si elle se poursuit.

Ce que Flynn a constaté

Dans un article de 1987, Flynn a rassemblé des données de 14 pays dans lesquels les mêmes tests, ou des tests comparables, avaient été passés par différentes générations. Le schéma était constant : les scores avaient nettement augmenté en l’espace d’une seule génération, de façon spectaculaire dans certains jeux de données. Les gains étaient les plus importants pour les tests de raisonnement abstrait – ces matrices dans lesquelles il faut trouver la règle qui relie les formes en lignes et en colonnes – et plus faibles pour les tests de connaissances acquises comme le vocabulaire.

Ce détail compte. Si les progrès étaient surtout venus d’une scolarité plus longue transmettant davantage de faits, on s’attendrait au schéma inverse. Flynn en a conclu que les tests ne pouvaient pas simplement mesurer une capacité fixe et innée ; quelque chose dans l’environnement des gens modifiait leur manière d’aborder les problèmes abstraits.

Un siècle de données dans une seule analyse

En 2015, Jakob Pietschnig et Martin Voracek ont rassemblé les données disponibles dans une méta-analyse formelle : 271 échantillons indépendants réunissant près de quatre millions de participants, testés entre 1909 et 2013. Leurs résultats ont confirmé des gains tout au long du siècle, là encore les plus importants pour le raisonnement fluide (résoudre des problèmes nouveaux) et les plus faibles pour les capacités cristallisées (utiliser ce que l’on a appris).

Ils ont aussi constaté que les gains s’étaient réduits au cours des dernières décennies. Quel que soit le moteur de l’effet Flynn, il semblait s’essouffler, du moins dans certaines régions du monde.

Le renversement norvégien

Les données les plus citées en faveur d’un retournement viennent de Norvège, où la grande majorité des jeunes hommes passaient le même test d’aptitudes cognitives – calcul, similitudes de mots et matrices de figures – lors de la conscription militaire. Bernt Bratsberg et Ole Rogeberg ont analysé les scores d’hommes nés entre 1962 et 1991. Les scores ont augmenté pour ceux nés jusqu’au milieu des années 1970, puis ont commencé à baisser.

Une telle baisse pourrait avoir plusieurs explications. L’une d’elles tiendrait à qui a des enfants – par exemple, si les familles aux scores moyens plus faibles avaient eu davantage d’enfants. Les chercheurs l’ont vérifié directement en comparant des frères au sein d’une même famille. La hausse, puis la baisse, apparaissaient aussi à l’intérieur des familles. Des frères ont les mêmes parents : un changement dans les familles qui ont des enfants ne peut donc pas expliquer ce schéma. Les auteurs en ont conclu que la hausse comme la baisse sont dues à des facteurs environnementaux.

Et dans les autres pays ?

Ailleurs, les données sont plus fragmentaires. Une étude de 2023 menée par Elizabeth Dworak, William Revelle et David Condon a porté sur près de 400 000 adultes américains ayant passé un test cognitif en ligne entre 2006 et 2018. Les scores à plusieurs types de tâches – entre autres le raisonnement sur matrices, le raisonnement verbal et les suites de lettres et de nombres – avaient tendance à être plus faibles les années les plus récentes, tandis que les scores aux tâches de rotation en trois dimensions augmentaient.

Il s’agissait d’un échantillon en ligne vaste, mais auto-sélectionné et non représentatif, et ses auteurs restent prudents quant à la possibilité de généraliser les résultats. Il suggère néanmoins que l’évolution des scores ne va pas forcément dans le même sens pour tous les types de capacités.

Pourquoi les scores ont-ils augmenté au départ ?

Il n’existe pas de réponse unique qui fasse consensus. Parmi les explications discutées dans la recherche figurent une meilleure alimentation et une meilleure santé, une scolarité plus répandue et plus longue, des familles plus petites, et un monde qui demande de plus en plus de raisonner en catégories abstraites et en hypothèses. Une plus grande familiarité avec les tâches de type test pourrait aussi jouer un rôle. La plupart des chercheurs supposent que plusieurs de ces facteurs ont agi ensemble, et que leur influence a varié selon les pays et les décennies.

La même incertitude concerne les baisses récentes. Des changements dans l’éducation, les habitudes de lecture, l’usage des médias ou le sérieux avec lequel les gens passent un test ont tous été avancés. À ce jour, aucune cause unique n’a été établie.

Ce que cela ne signifie pas

  • Cela ne signifie pas que les gens deviennent soudain « moins intelligents ». Les scores mesurent la performance à des tâches précises, dans des conditions précises. Une baisse des scores à un test n’équivaut pas à un déclin général de la capacité de réflexion.
  • Cela ne signifie pas que les gènes ont changé. La comparaison entre frères norvégiens désigne des causes environnementales, et une évolution génétique sur quelques décennies serait bien trop lente pour expliquer de tels changements.
  • Cela ne s’applique pas partout de la même façon. Certains pays montrent des gains persistants, d’autres une stagnation ou une baisse, et beaucoup disposent de peu de données de qualité.

Pourquoi c’est important pour tout test

L’effet Flynn a une conséquence très concrète : le groupe de référence d’un test se périme. Si l’étalonnage date de plusieurs décennies, les personnes qui passent le test aujourd’hui peuvent paraître meilleures (ou, après un renversement, moins bonnes) qu’elles ne le seraient par rapport à leur propre génération. C’est pourquoi les tests doivent être réétalonnés régulièrement. L’étalonnage de l’application IQ Arion est lui aussi encore provisoire : jusqu’à ce qu’environ 3 000 tests aient été terminés, ses scores sont des estimations signalées comme « bêta » – pas une évaluation clinique –, puis l’étalonnage est recalculé régulièrement.

Les matrices, pour lesquelles l’effet Flynn était le plus marqué, font aussi partie de notre test rapide gratuit. Vous pouvez en essayer quelques-unes et voir comment vous les abordez.

Sources

  1. 01Flynn, J. R. (1987). Massive IQ gains in 14 nations: What IQ tests really measure. Psychological Bulletin, 101(2), 171–191. doi.org/10.1037/0033-2909.101.2.171
  2. 02Pietschnig, J., & Voracek, M. (2015). One century of global IQ gains: A formal meta-analysis of the Flynn effect (1909–2013). Perspectives on Psychological Science, 10(3), 282–306. doi.org/10.1177/1745691615577701
  3. 03Bratsberg, B., & Rogeberg, O. (2018). Flynn effect and its reversal are both environmentally caused. Proceedings of the National Academy of Sciences, 115(26), 6674–6678. doi.org/10.1073/pnas.1718793115
  4. 04Dworak, E. M., Revelle, W., & Condon, D. M. (2023). Looking for Flynn effects in a recent online U.S. adult sample: Examining shifts within the SAPA Project. Intelligence, 98, 101734. doi.org/10.1016/j.intell.2023.101734

Corrections et mises à jour

  • : Vérification des faits : description du test de conscription norvégien corrigée et mention de l’étalonnage provisoire (bêta) d’IQ Arion mise à jour.

À propos de cet article

Équipe éditoriale IQ Arion

Recherché et rédigé avec l’aide de l’IA à partir des études originales citées dans les Sources ; chaque chiffre et chaque affirmation sont vérifiés par rapport à elles.

Principes éditoriaux
✦Tous les articles
Tous les articles

Guide · 4 min de lecture

Que mesurent les matrices ? Petit guide du raisonnement fluide

Les matrices de motifs comptent parmi les tâches de raisonnement les plus utilisées en psychologie. Ce qu’elles mesurent, quelles règles s’y cachent, pourquoi certaines sont bien plus difficiles que d’autres – et comment les aborder.